
Un visuel, publié le 14 octobre 2026 sur la page Facebook de Times Télévision, avec ses plus de 88 000 followers, affirme qu’ « il faut 21 rapports sexuels par mois pour éviter le cancer de la prostate », en attribuant ces propos au Dr Manikassé Palouma, président de la [Ligue tchadienne de lutte contre le cancer. La publication enregistre 44 partages, 112 commentaires et 290 likes. Elle est reprise par Mike Anoumabo quoa plus de 396 000 followers, et la publication enregistre 190 likes, 72 commentaires et 11 partages. Les propos sont largement repris pas des médias tchadiens.
Contexte
Alors que le monde se mobilise pour la lettre contre le cancer du sein, la Ligue tchadienne de lutte contre le cancer a officiellement lancé, à N’Djaména, les activités du mois d’Octobre rose, placées sous le thème « Octobre rose… parlons du cancer ». La campagne vise à renforcer la sensibilisation sur le cancer, à promouvoir le dépistage précoce et à encourager les femmes à effectuer régulièrement des examens médicaux, notamment l’auto-palpation. C’est à cette occasion que le Dr Manikassé Palouma, Président de la Ligue tchadienne contre le cancer, a fait cette déclaration. Sous la publication de Times Télévision, plusieurs internautes rejettent cette affirmation.
Après vérification des faits et des données médicales, cette affirmation est trompeuse. Elle simplifie et déforme les conclusions d’études scientifiques réelles.
Les déclarations réelles du Dr Manikassé Palouma
Le Dr Manikassé Palouma a effectivement abordé ce sujet à plusieurs reprises lors de campagnes de sensibilisation au Tchad. Face aux rumeurs locales affirmant à l’inverse qu’une activité sexuelle fréquente favorisait la maladie, le médecin a répliqué fermement que « les rapports sexuels fréquents protègent plutôt contre le cancer de la prostate. Cependant, la formulation visuelle de l’image induit en erreur en parlant d’une obligation absolue « il faut » pour « éviter » complètement la maladie.
Ce que disent les études scientifiques
Le chiffre «21» provient d’une étude épidémiologique américaine menée par des chercheurs de la Harvard Medical School et de l’Université de Boston, publiée notamment dans la revue médicale European Urology. Cette recherche a suivi près de 32 000 hommes sur une période de 18 ans.
Les conclusions exactes de cette étude apportent d’importantes nuances. Il s’agit d’éjaculations, pas uniquement de rapports sexuels. L’étude d’Harvard englobe toutes les formes d’éjaculation, incluant la masturbation et les éjaculations nocturnes. Prétendre qu’il s’agit strictement de « rapports sexuels » est donc faux.
Une réduction des risques, pas une immunité totale : Les hommes ayant au moins 21 éjaculations par mois présentaient une diminution du risque de développer un cancer de la prostate d’environ 19 % à 22 % (selon les tranches d’âge) par rapport à ceux qui n’éjaculaient que 4 à 7 fois par mois. L’activité sexuelle ou éjaculatoire ne permet pas d’« éviter » à coup sûr le cancer, elle en réduit statistiquement la probabilité.
La communauté scientifique, notamment à travers les analyses publiées par Pourquoidocteur ou Medscape, souligne que cette baisse de risque concerne principalement les tumeurs de bas grade (peu agressives). L’effet protecteur n’est pas démontré pour les formes de cancers agressives ou métastatiques.
Les mécanismes et les limites
Le mécanisme biologique exact reste une hypothèse : certains scientifiques suggèrent que des éjaculations régulières permettraient de “drainer” la glande prostatique et d’évacuer d’éventuelles substances potentiellement cancérigènes.
« Les rapports sexuels ont des effets bénéfiques pour la santé de l’homme de façon générale. Cependant, la fréquence dépend de l’âge également et d’autres facteurs. Mais ils ne permettent pas d’éviter le cancer de la prostate », clarifie Dr Karl Kamtchoum Tchatchou, urologue à l’hôpital de Yagoua. Il ajoute que, « la prévention du cancer de la prostate se fait d’abord par un dépistage pour des personnes de plus de 50 ans particulièrement pour des hommes avec des antécédents familiaux de cancer de la prostate.» Le meilleur moyen de prévenir la maladie, selon lui, est de « se faire dépister chaque année après un certain âge.»
En conclusion
L’affirmation est fausse et exagérée. Car, la science parle de 21 éjaculations (incluant la masturbation) et non de 21 rapports sexuels obligatoires. Ce rythme ne garantit pas d’« éviter » le cancer, mais diminue le risque de 20 % environ pour les formes les moins graves. Le dépistage régulier (par toucher rectal et dosage du Psa) à partir de 40 ou 50 ans reste la seule méthode médicale fiable pour prévenir ce cancer
Michel Enony

