Faux : la SONACAM n’a pas versé 2 000 FCFA de droits d’auteur aux ayants droit de l’artiste Eboa Lotin.

Par Lionel Fouda

Une publication virale partagée le 23 septembre 2026 sur Facebook par la page populaire dénommée Peupah Zouzoua, suivie par 1,7 million d’abonnés et accessible via le lien https://www.facebook.com/share/p/19WfMLue6f/, accompagnée d’un collage photo, affirme de manière explicite que <INCROYABLE 29 ans après sa disparition, l’artiste Eboa Lotin reçoit enfin ses droits d’auteur de la part de SONACAM : soit 2000 fcfa>, tout en raillant la situation avec beaucoup d’ironie. La publication a rapidement cumulé 18k likes, 2,6k commentaires et 347 partages , ce qui a immédiatement enflammé la toile en laissant entendre au grand public que l’organisme de gestion collective n’avait versé que cette somme pour l’ensemble de la discographie du défunt musicien. 

Post de Peupah Zouzoua

La nouvelle est partie d’une sortie d’Henri Lotin, l’un des fils du légendaire auteur-compositeur Emmanuel Eboa Lotin. Ce dernier a publié sur son compte X une photo d’un billet de 2000 F.Cfa en précisant qu’il s’agissait de sa part sur les droits de son père. Ce tweet a enregistré 1 335 likes, a été vu 73 000 fois, republié 290 fois et a recueilli 80 commentaires. 

Publication de Henry Lotin

Par la suite, le relais de cette affaire a été assuré par d’autres acteurs du web à l’instar du média EsbiMedia sur X. Ce compte qui totalise 3 599 abonnés a publié un article vu plus de 1000 fois.

Cette confusion, reprise par des relais d’opinion à forte audience a provoqué une vague d’indignation et de commentaires de la part des internautes. Entre railleries et critiques, plusieurs ont remis en cause la credibilité et la qualité de gestion de la Société Nationale Camerounaise de l’Art Musical.

Face à cette polémique grandissante et accusatrices, la SONACAM a publié un communiqué officiel le 24 septembre 2026 et signé par Ateh Bazore, Président du conseil d’administration de la SONACAM. Répondant aux affirmations en circulation, celui-ci qualifie la déclaration de “campagne de dénigrement et de sabotage orchestrée par certains médias avides de sensations avec pour but de ternir l’image de la SONACAM.”  Dans le document, la Société s’inscrit en faux contre ces déclarations du versement de la somme de 2000 FCFA à la famille Eboa Lotin et apporte des éclaircissements. L’organisme précise que le montant minimum de répartition était fixé à 30 000 F.Cfa et le maximum à 300 000 F.Cfa par héritier ou personne concernée, tout en indiquant que l’ensemble des fonds destinés à la succession ont été reçus par la veuve de l’artiste, en tant qu’héritière légitime, par Express Union.

Communiqué SONACAM

Pour comprendre le grand écart entre l’annonce virale et la réalité administrative, nous avons contacté Henri Lotin, l’auteur de la publication de départ. Dans des vidéos explicatives, il réaffirme avoir percu le montant de 2000 F.Cfa avant de dévoiler le mécanisme de partage familial des droits d’auteurs de l’artiste Eboa Lotin. Selon lui, il obéit à des règles strictes où la veuve perçoit d’office la moitié de la somme globale perçue. Le reste est ensuite partagé à part égale entre les 05 enfants de la fratrie plus les 02 épouses. S’il mentionne que les montants des sessions variaient par le passé, il choisit de laisser à la SONACAM le soin de révéler le montant global exact reçu cette fois-ci. En clair, Henri Lotin n’a jamais publié le montant total de l’enveloppe familiale et les 2000 francs exposés correspondent strictement à sa part nette individuelle au bout de la chaîne de redistribution. Dans nos recherches, nous avons trouvé un article publié par le site d’information doualatoday.com intitulé “Au Cameroun, l’affaire Eboa Lotin ou les 2000 F.Cfa qui fachent”. Selon les révélations rapportées dans cet article et attribuées au fils de l’artiste, le montant réel de l’enveloppe versée aux ayants droits de la famille d’Eboa Lotin est de 30.000 F.Cfa. Cette somme aurait été répartie, selon les explications d’Henri Lotin, de la maniere suivante : 15000 F.Cfa pour madame Eboa Lotin tandis que les 15000 F.Cfa restants, partagés à parts égales entre les cinq enfants et les deux épouses, soit sept bénéficiaires. 

Conclusion

Il est faux de prétendre que la SONACAM a versé un total de 2 000 F.Cfa pour l’ensemble du répertoire d’Eboa Lotin, car l’organisme a versé un minimum de 30.000 F.Cfa lors du partage des droits d’auteurs conformément au communiqué du 17 septembre 2026, précisant le montant minimal pour cette répartition. Si la capture originale partagée montrait le fils de l’artiste exposant sa part individuelle, la reformulation de la page virale a opéré une confusion totale en faisant passer cette quote-part personnelle pour le montant global de l’enveloppe versée par la SONACAM.

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